Aujourd'hui l'économie

Pour mieux comprendre notre environnement, Aujourd'hui l'économie vous propose un rendez-vous quotidien pour décrypter un fait marquant de l'actualité économique. Un focus quotidien complété par une sélection d'informations économiques. Le vendredi, diffusion d’« Aujourd’hui l’économie, le Portrait », celui d’un acteur ou actrice de cette actualité, d’une entreprise grand ou petite... La chronique Aujourd'hui l'économie prend ses quartiers d'été. Pour la remplacer, nous vous proposons 3 séries : Les grandes sagas industrielles (du 5 au 9 août 2019) ; Les objets/produits symbole d'un pays (du 12 au 16 août 2019) ; Les succès de l'économie verte (du 19 au 23 août 2019). Heures de diffusion (heure de Paris) : du lundi au jeudi à 7h17 (antenne Monde), 8h20 (antenne Afrique), et «Portrait Eco» le vendredi à 7h17 (antenne Monde), 8h20 (antenne Afrique), et 19h21 (toutes cibles).

  • 3 minutes 9 seconds
    Tchad: pourquoi la manne pétrolière n’a pas tenu ses promesses

    Au Tchad, trois ans après la disparation d’Idriss Déby, les électeurs sont invités à choisir lundi leur futur dirigeant pour clore la période de transition. Malgré sa rente pétrolière, le Tchad figure encore parmi les plus pauvres de la planète. Comment expliquer ce paradoxe ?

    En 2003, lors de l’inauguration de l’oléoduc construit pour acheminer le brut vers la côte camerounaise, Idriss Déby promet des retombées pour l’ensemble de la population. Le PIB décolle et en 2008 il dépasse même brièvement celui de deux autres pays de la bande sahélienne, le Niger voisin et le Mali. Mais la manne espérée au début des années 2000 n’a été qu’un feu de paille. Selon les économistes de la Banque mondiale, rapidement, la croissance réelle s’étiole. Le Niger et le Mali, tous deux dépourvus d’or noir, ont repris l’ascendant sur la nouvelle puissance pétrolière du Sahel. En termes d'indice de développement humain, le Tchad est avant-dernier dans le classement des Nations unies. La pauvreté concerne encore plus de 40% des 18 millions d’habitants. Et dans ce pays riche en hydrocarbures, le carburant et l’électricité sont hors de prix. Seulement 10% des foyers du Tchad sont connectés au réseau électrique, contre 50% dans l’Afrique sub-saharienne.

    La malédiction « politique » du pétrole

    Le pétrole représente 10% du PIB, 90% des recettes d’exportation. La croissance varie en fonction du cours du brut et plonge chaque fois que le baril pique du nez. À l'instar de bien d'autres pays pétroliers du continent africain, le Tchad est victime de la malédiction des matières premières. En partie seulement. Selon le chercheur Harry Verhoeven, la malédiction au Tchad est surtout politique. Il rappelle que tous les efforts de la société civile pour améliorer la gestion et la redistribution de la rente ont été annulés par le clan Déby. Contrairement aux engagements pris en 2003, le gouvernement a progressivement aspiré tous les revenus du pétrole. Pour couvrir 40% des dépenses de l’État.

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    Priorité à la défense

    Pour couvrir surtout les dépenses militaires. L’armée est la priorité des priorités. Le Tchad dépense plus pour sa défense que pour la santé et l'éducation réunies. Pour assurer la souveraineté du pays dans une région instable. Pour fournir une assurance-vie au régime. Ce pari sur le tout sécuritaire ne crée pas de stabilité à longue échéance, estime Harry Verhoeven. L’argent du pétrole aurait pu être investi dans le développement et la paix, note-t-il, avec la construction de routes et de ponts pour faciliter les échanges avec le Soudan ou la Libye.

    Une production en baisse constante

    L’élection présidentielle va-t-elle changer la donne ? Le futur gouvernement sera confronté à la baisse tendancielle de la production de pétrole. Pour maintenir le filon de l'or noir, le vainqueur du scrutin devra trouver un terrain d'entente avec les compagnies étrangères pour réinjecter de l’argent dans la production. Le développement de l’énergie solaire, annoncé en fanfare en 2023 avec la construction de la plus grande centrale photovoltaïque de l’Afrique sub-saharienne – à l’exception de l’Afrique du Sud –, pourrait enfin améliorer la vie quotidienne. Mais sa réalisation dépend aussi des bonnes relations que le pouvoir entretiendra avec Savannah, le concepteur britannique du projet.

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    3 May 2024, 9:27 am
  • 3 minutes 6 seconds
    Pourquoi l’Europe attire moins les investisseurs étrangers

    Pour la cinquième année consécutive la France conserve son titre de championne européenne des investissements étrangers dans le classement établi par le cabinet E&Y pour 2023. Une bonne nouvelle à relativiser : en France comme dans toute l'Europe, les investissements étrangers ont globalement reculé.

    Le nombre de nouveaux projets d’investissements étrangers est en baisse de 4 % sur le continent européen. Les investisseurs se sont surtout détournés de l’Europe des 27.

    En Allemagne, où l'économie patine, la chute est brutale : - 12 %, comme en Italie, -6 % pour l’Espagne, -5 % pour la France. D'après la Cnuced, l’Asie rafle la mise, suivie des États-Unis. La première puissance économique mondiale a bénéficié de l’effet Inflation Reduction Act. Le soutien public à l'industrie mis en place par Joe Biden attire les entreprises étrangères et retient partiellement les sociétés américaines à domicile. Les États-Unis restent le premier pays investisseur en Europe, mais avec un nombre de projets en baisse de 15 % par rapport à 2022.

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    Un nouveau signal du déclassement de l’Europe ?

    Dans ces temps incertains sur le plan géopolitique et économique, l’Europe en petite forme, avec une croissance anémique, apparait soudain bien vulnérable. L’empilement des différents niveaux de décision fait fuir les investisseurs, selon Marc Lhermitte, membre associé de E&Y. « Les dirigeants interrogés nous disent, poursuit-il, oui, l'Europe a de la diversité, mais aussi de la dispersion ». Les lenteurs, les atermoiements dans la politique énergétique ou commerciale les inquiètent et finissent par les repousser vers d'autres zones plus lisibles.

    Le rebond surprise du Royaume-Uni

    À la lisière de l'Europe des 27, il y a aussi des pays qui au contraire aimantent les investisseurs. C'est le cas notamment du Royaume-Uni. +6 % d’investissements étrangers. C’est la vraie surprise du cru 2023 de ce baromètre de l'attractivité. La tech et la finance sont les deux secteurs moteurs du regain d’intérêt pour ce royaume post-Brexit. Un rebond salutaire, mais encore bien insuffisant pour réparer la casse de l’industrie à l’œuvre depuis cinq ans, selon Marc Lhermitte. La Turquie enregistre, elle aussi, une hausse stupéfiante des projets d’investissements étrangers : + 17 %. Cette excellente performance confirme l’attraction qu'exerce ce pays depuis plusieurs années déjà. Grâce à son marché national et régional, et une main d'œuvre abondante et peu coûteuse.

    La relocalisation de l’industrie à la périphérie

    À noter que d’autres pays de la périphérie de l’Union bénéficient largement de la relocalisation de l'industrie. +70 % d'investissements industriels pour la Hongrie ou la république Tchèque, +30 % pour la Serbie. La Pologne, mais aussi l’Italie ou l’Espagne, et encore la Turquie, connaissent également une prolifération des créations d'usines avec des capitaux étrangers. En raison là aussi des coûts très compétitifs de leur main d’œuvre. L’Espagne par exemple est deux fois moins chère que la France. En 2023 Paris néanmoins reste la première destination des investissements industriels avec les mégaprojets annoncés dans les batteries électriques. Les équilibres globaux sont inchangés. Les trois pays en tête du classement européen, la France, le Royaume-Uni, et l'Allemagne, recueillent toujours la moitié des projets d'investissements étrangers de l’ensemble du continent.

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    2 May 2024, 10:17 am
  • 3 minutes 2 seconds
    Pourquoi les Jeux olympiques stimulent la contestation sociale

    En France, la perspective des Jeux olympiques donne un nouveau souffle aux mouvements sociaux. Et ce sont certaines catégories de salariés du secteur public qui sont déjà les grands gagnants de ce tour de chauffe.

    Les policiers ont été les premiers à bénéficier de l’effet JO. Il leur a suffi d’une manifestation en janvier pour obtenir la promesse d’une prime de 1 900 euros pour tous ceux qui différeront leurs vacances pendant la période olympique. Plus récemment, on a vu les syndicats de la SNCF habilement jouer de la menace de grève pour réécrire la réforme des retraites à l'avantage des cheminots. Même scénario chez les contrôleurs aériens. Un simple préavis de grève leur a fait gagner des hausses substantielles de salaires, pouvant aller jusqu’à 1 000 euros par mois.

    La grève : la hantise des autorités françaises

    Après la menace des attentats, la menace de la grève fait sans doute partie des pires cauchemars des organisateurs des Jeux de Paris. L’idée de voir la capitale bloquée par des hordes de salariés en colère fait frémir dans les allées du pouvoir. Les syndicats le savent trop bien. Ils tirent donc sur la corde. La droite, les économistes libéraux crient au chantage et dénoncent les dérapages budgétaires engendrés par ces accords signés dans la précipitation. Le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, prompt à donner des coups de rabot sur les dépenses, s'est refusé à commenter.

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    Une constante des grandes manifestations sportives

    À la veille de la Coupe du monde de football de 1998, les pilotes d’Air France, les cheminots, les agents de la RATP et ceux de Gaz de France se disent prêts à gâcher la grande fête du ballon rond. Des accords sont trouvés in extremis. L’histoire se répète en 2023 pour la Coupe du monde de rugby où les revendications fleurissent en province, dans les villes qui accueillent les matchs. C’est donc à chaque fois la même logique qui prévaut : les salariés qui disposent d’un levier entendent bien en profiter. Ces mouvements touchent essentiellement les services publics vitaux pour la bonne tenue des compétitions. Des acteurs privés peuvent aussi saisir l’occasion. À Marseille, l’intersyndicale des taxis et les syndicats représentants les agriculteurs n’ont pas exclu de manifester pendant les Jeux.

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    Les syndicats divisés sur l’arme des JO

    Effectivement, Force Ouvrière puis la CGT ont déposé des préavis dans la fonction publique couvrant tout l’été. En revanche, ni l’Unsa ni la CFDT n'ont suivi. Marylise Léon, la patronne de la CFDT, le syndicat réformiste, dit que son organisation n'a « aucune envie de gâcher ce moment festif ». En réalité, même les dirigeants les plus déterminés savent se montrer beaux joueurs. En 2016, l’Euro est menacé par la contestation de la loi El Khomry modifiant profondément la législation du travail. Le secrétaire général de la CGT de l'époque, Philippe Martinez, fait baisser la pression, la centrale, affirme-t-il, « tient au bon déroulement de cette vraie fête populaire ».

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    1 May 2024, 7:39 am
  • 3 minutes 8 seconds
    La flambée du cuivre aiguise l’appétit du géant australien BHP Billiton

    Le plus grand groupe minier au monde, l’Australien BHP Billiton, veut encore grossir en rachetant son concurrent Anglo-American, qui a pour l’instant décliné son offre. Une folie des grandeurs alimentée par la flambée des cours du cuivre.

    Avec la transition énergétique, le métal rouge a changé de couleur : il appartient désormais à la catégorie des métaux dits « verts », ceux qui sont indispensables à la décarbonation. Il faut du nickel, du lithium et du cobalt pour cette transition, mais aussi du cuivre, beaucoup de cuivre pour l'électrification de nos systèmes énergétiques. Cette nouvelle demande, en augmentation constante depuis quinze ans, nourrit l'ascension spectaculaire des cours. Sur le marché londonien des métaux, le cours du cuivre a bondi de 18 % en deux mois. Vendredi, il a franchi la barre des 10 000 dollars la tonne.

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    Des cours astronomiques

    Les ventes de cuivre d’Anglo-Américain, très présent au Chili et au Pérou, les deux plus gros producteurs avec la Chine, ont explosé. Elles ont augmenté de 30 % entre 2022 et 2023. C'est cette rente que le géant australien espère capter. Il a mis 39 milliards de dollars sur la table. Pas assez estime le groupe convoité.

    Anglo-Américain connait lui aussi les enjeux. Les deux entités réunies détiendraient à elles seules 10 % de l’offre mondiale de cuivre. De quoi assurer une rente confortable pour les vingt ans qui viennent. Car la demande va continuer à grimper. Entre 2010 et 2024, la production a bondi de 8 millions de tonnes. Sans pour autant épancher la soif de cuivre.

    Un déficit de l’offre en perspective

    Un déficit pourrait même survenir dès cette année, prévoient plusieurs analystes. Selon le cabinet CRU, il faudrait extraire 4 millions de tonnes supplémentaires d’ici 2030 pour satisfaire la demande potentielle. Mais au lieu de croître, l’offre va commencer à décliner à partir de 2027, faute d’investissements suffisants dans l’ouverture de nouvelles mines. Les gisements riches en minerai sont de plus en plus rares, leur exploitation de plus en plus coûteuse, et très chronophage. Cela peut prendre 10 ans pour réunir le financement, obtenir les autorisations et vaincre l'hostilité grandissante des populations locales. La sécheresse qui sévit menace par ailleurs la production dans la moitié des mines en activité, alerte PWC. Des perspectives pas très rassurantes pour les consommateurs de cuivre, et donc pour l'indispensable transition énergétique.

    Une méga fusion inquiétante pour les consommateurs

    La méga fusion qui s’annonce ne va pas forcément arranger les choses. Dans l'immédiat, les consommateurs redoutent surtout qu’elle aggrave le problème. En détenant une part aussi importante de l'offre, le nouveau mastodonte pourrait imposer ses prix au mépris de ses rivaux. Les Chinois achètent la moitié de la production mondiale de cuivre. On les voit mal laisser faire une fusion qui réduirait leur pouvoir de négociation. Ils seront consultés et donneront évidemment leur avis sur l'opération. BHP Billiton doit aussi composer avec l'hostilité des Sud-Africains. Dans l'immédiat, l'Australien prépare une offre plus alléchante. Avec, bien sûr, un œil sur le marché. Le cuivre pourrait facilement grimper jusqu'à 12 000 dollars la tonne d'ici deux ans.

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    30 April 2024, 9:08 am
  • 2 minutes 58 seconds
    Les étudiants américains appellent leurs universités à rompre avec Israël

    La mobilisation des étudiants pro palestiniens continue sur les campus américains. Avec une revendication commune à l'ensemble des universités : la rupture des liens économiques avec Israël ou avec les entreprises liées à l’État hébreu. Une démarche peu efficace pour le moment.

    Ce mot d’ordre « Divest Israel », « Désinvestissez d’Israël » a des modalités diverses d’un campus à l’autre. Les étudiants en grève peuvent insister sur les liens avec les entreprises israéliennes ou bien avec les fabricants américains d’armes qui équipent l’État hébreu. Ou encore avec les multinationales présentes en Israël comme Google parce qu’il vend du cloud à l’État hébreu, ou Airbnb parce qu’il propose à ses hôtes des hébergements dans les logements des colons installés en territoires occupés. Toutes ces revendications s'adressent aux gérants des fonds placés pour financer le budget de l’université. Pour le moment, aucune université n’a donné suite à ces revendications.

    Le niet des universités

    L’American University estime que ce type d’exigences menace la liberté académique. Mais la plupart des universités opposent surtout des arguments techniques aux étudiants. Certaines n'ont pas d'actions israéliennes, ou elles ont des capitaux investis dans des fonds, elles n'ont donc pas la main sur le contenu des investissements. Certaines refusent de désinvestir car elles ont besoin, disent-elles, de tous les profits générés pour couvrir les dépenses de leur établissement.

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    D’après les chiffres du ministère américain de l’Éducation, les fonds liés à Israël déclarés par les universités sont très faibles. Ils se montent à 375 millions de dollars pour les vingt dernières années alors que les fonds gérés par les universités les plus prestigieuses dépassent en général les cinq milliards de dollars. « Divest Israel » n'a donc pas de retombées concrètes pour le moment, mais c'est trop tôt pour parler d'un échec, car il y a des précédents. L’exemple le plus souvent cité est celui du boycott contre l’Afrique du Sud.

    En 1985, après avoir longtemps résisté aux revendications de ses étudiants, l'université Columbia a fini par vendre toutes les actions des sociétés américaines présentes sur le marché sud-africain. 155 autres universités américaines lui avaient emboîté le pas. Columbia a aussi été la première université à mettre fin à ses investissements dans l’industrie des prisons en 2015. Elle a aussi renoncé à investir dans le tabac, le charbon thermique puis dans l’ensemble des énergies fossiles en 2021.

    Un mot d’ordre à l’efficacité relative

    Si l’Afrique du Sud a aboli l’apartheid c’est en partie grâce à la pression internationale à laquelle se sont associées les universités américaines. En revanche, les industries désormais snobées par certaines universités américaines se portent plutôt bien, avec ou sans les universités parmi leurs actionnaires. Les gestionnaires de fonds remarquent que ce n'est pas en désinvestissant mais au contraire en restant au capital d'une entreprise qu’on peut influencer le conseil d'administration.

    Aujourd'hui, ce que les étudiants américains cherchent à gagner avec leur mot d’ordre « Divest Israël » c’est aussi la bataille de l’opinion publique. Étant donné l’aura de leur mouvement, même sans résultat tangible sur le plan économique, ils ont déjà marqué des points.

    29 April 2024, 8:15 am
  • 3 minutes 24 seconds
    La guerre en Ukraine relance la course à la production des isotopes

    Le Congrès américain a profité du déblocage d’une enveloppe de 60 milliards de dollars à destination de l’Ukraine pour financer la relance de la production d’isotopes aux États-Unis. Ces produits de l’industrie nucléaire sont essentiels à de nombreux secteurs, de l’énergie à la recherche scientifique en passant par la production de médicaments et la médecine. Un marché aujourd’hui largement dominé par la Russie.

    Le vote, après plus d’un an et demi de tergiversations entre démocrates et républicains, d’un vaste plan d’aide des États-Unis à l’effort de guerre ukrainien a été beaucoup commenté cette semaine, mais une ligne du texte est largement passée inaperçue et a pourtant de quoi intriguer. Entre une dotation de 14 milliards pour fournir à l’Ukraine des armes et des munitions, et une autre de 9 milliards pour permettre le fonctionnement des institutions à Kiev, le texte voté successivement par la Chambre des représentants et le Sénat prévoit d’augmenter le budget du ministère de l’Énergie de 98 millions de dollars afin qu’il investisse « pour le développement de la production d’isotopes » sur le territoire américain. 

    Le rapport avec l’Ukraine ne saute pas immédiatement aux yeux. Un premier indice : juste après cette ligne sur les isotopes, on trouve le déblocage de 150 millions de dollars pour préparer l’Ukraine à la perspective d’une attaque nucléaire sur son sol. Les isotopes ce sont des atomes avec des propriétés bien particulières, ils peuvent être stables ou radioactifs. Un exemple très connu : le carbone 14, utilisé en archéologie pour dater des objets ou des squelettes très anciens, est un isotope. Les isotopes existent à l’état naturel, mais ils peuvent aussi être créés de manière artificielle à l’aide d’accélérateurs de particules ou de centrales nucléaires. Ils servent dans l’industrie, dans l’énergie, pour la recherche scientifique, dans la production de médicaments, en médecine nucléaire. Ils sont notamment indispensables en imagerie médicale, pour diagnostiquer certains cancers par exemple. Il a même été question dans les années 1960 d’utiliser les isotopes pour relancer la production agricole en Afrique de l’Ouest.

    La Russie, acteur incontournable de la filière des isotopes

    Mais pourquoi inclure cette disposition sur les isotopes dans le paquet d’aide à l’Ukraine ? En vérité, le Congrès américain n’a pas adopté une enveloppe de 60 milliards pour l’Ukraine, c’est un raccourci, mais une extension du budget des États-Unis « dans le contexte de la situation en Ukraine ». Ce qui ne veut pas dire que l’essentiel de cette somme ne servira pas à fournir directement ou indirectement à Kiev les munitions et les ressources dont elle a besoin, après tout le budget consacré aux isotopes représente à peine un millième de l’enveloppe totale.  

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    Mais la Russie domine aujourd’hui la chaîne de production des isotopes et des radioisotopes. Pour certains isotopes, elle est même le seul fournisseur au monde. L’invasion à grande échelle de l’Ukraine, deux ans après une première alerte liée à la pandémie de Covid-19, a fait prendre conscience aux Américains de leur dépendance vis-à-vis de Moscou sur ces produits sensibles et qui nécessitent d’être souvent remplacés. D’où cette ligne budgétaire au premier abord incongrue au milieu d’une liste de dépenses militaires.

    L’industrie nucléaire russe échappe encore aux sanctions occidentales

    La Russie, à travers Rosatom, le géant national du nucléaire, a continué – et continue encore – d’investir dans la production des isotopes, alors même que les vieux réacteurs européens, australien, sud-africain et canadien qui les produisaient déclinaient. Cette situation accentue encore la dépendance des Européens et des États-Unis vis-à-vis de Rosatom. Non seulement le géant nucléaire russe continue d’alimenter de 25 à 30% des centrales nucléaires européennes en uranium enrichi, mais Rosatom – et donc le gouvernement russe par extension – contrôle aussi les réacteurs de recherche qui produisent ces radio-isotopes.

    Cette double dépendance explique que Rosatom échappe encore aux sanctions occidentales décidées après février 2022. Pour les États-Unis, il s’agit d’un enjeu de sécurité nationale. Fort de ce soutien public, des entreprises privées ont déjà entrepris de relocaliser une partie de la production. Mais il faudra du temps, on ne relance pas un processus industriel nucléaire d’un claquement de doigts. Les spécialistes prédisent que cette dépendance pourrait durer au moins jusqu’à 2032.

    26 April 2024, 11:02 am
  • 3 minutes 8 seconds
    Comment l’Europe cherche à aimanter les capitaux

    Comment faciliter l’accès aux capitaux sur les marchés européens ? Christian Noyer, l’ancien gouverneur de la Banque de France, a planché sur l'union des marchés, ses conclusions seront présentées dans la matinée. Peut-être un début de réponse au casse-tête qui divise l’Europe. 

    Contrairement aux marchandises et aux hommes, les capitaux ne peuvent toujours pas circuler librement dans l’Union. C’est pourquoi cela reste très compliqué de lever les centaines de milliards nécessaires pour financer la transition énergétique, la défense ou l’innovation. Les start-ups le savent mieux que quiconque. Les banques, l’instrument le plus commun pour financer l’économie européenne, sont souvent trop frileuses pour les accompagner. Les plus prometteuses s’en remettent aux investisseurs étrangers, surtout américains, pour se développer. Cela fait dix ans que les 27 parlent de la libéralisation du marché des capitaux. Dix ans de négociations et toujours pas d'accords en vue.

    La résistance des petits États européens

    Au dernier conseil européen, une douzaine d’États se sont ligués contre toutes les initiatives avancées récemment par la France. Paris, avec le soutien de l'Allemagne, la Pologne, l'Italie et l'Espagne, souhaite doter l’Europe d’un marché à la hauteur de son PIB et de ses besoins. Mais les petits États, comme le Luxembourg, l’Irlande ou les pays baltes, s'opposent à tout rapprochement. Les régulations ou le régime fiscal accommodants qu'ils ont mis en place pour attirer les capitaux pourraient être remis en cause par l'union des marchés.

    Le rapport présenté ce jeudi 25 mars par Christian Noyer cherche à sortir de cette impasse avec des propositions concrètes. Elles serviront de base au travail technique. L'accord politique, lui, ne sera pas trouvé avant la formation de la nouvelle commission prévue à l'automne.

    Un nouveau produit d’épargne européen

    Pour financer l'économie européenne, Christian Noyer propose un nouveau produit d'épargne européen. Un produit qui bénéficierait d'un label européen, mais qui pourrait être décliné dans chaque pays en fonction de ses spécificités. Il faudra que le produit soit assez alléchant pour drainer l'épargne des particuliers qui dort sur des comptes bancaires. Selon Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie, favorable à ce plan d'épargne européen, 35 000 milliards d'euros seraient disponibles, bloqués sur les assurances-vie ou d'autres comptes épargne des 27 États membres. L’argent serait investi à 80% dans des entreprises européennes.

    L’autre piste concerne les banques. Christian Noyer propose de transformer leurs créances en paquet de titres qu’elles pourraient revendre sur le marché de la dette privée. Cette titrisation allégerait leur bilan, elles retrouveraient ainsi des marges de manœuvre pour financer l’économie réelle. C'est ce qui pratique couramment dans les pays anglo-saxons, parfois au mépris des règles internationales très strictes mises en place après la crise financière de 2008. Christian Noyer considère que les règlements européens sont déjà suffisamment protecteurs. L'ancien gouverneur souhaite enfin améliorer la régulation des marchés en la centralisant, un sujet qui demandera sans doute encore beaucoup de discussions avant d'aboutir.

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    25 April 2024, 9:53 am
  • 3 minutes 1 second
    Comment le drone kamikaze révolutionne l’économie de la guerre

    Gros plan sur la nouvelle arme du pauvre : le drone à bas coût fabriqué par l’Iran est en train de bouleverser l’art et l’industrie de la guerre.

    C’est entre autres avec une myriade de drones Shaheb conçus et fabriqués en Iran que la République Islamique a mené sa première attaque directe contre Israël. La quasi-totalité de ces drones a été interceptée par Tsahal et ses alliés. Mais à quel prix ? La défense aérienne de l'Etat hébreu aurait coûté 1 milliard 500 millions de dollars. L’attaque quelques centaines de millions de dollars seulement. Téhéran a ainsi démontré sa capacité à épuiser les ressources de son ennemi. Autre exemple de cette asymétrie économique vertigineuse que le drone impose sur le champ de bataille : en Ukraine, en deux mois, 5 des 31 chars Abraham déployés par les Etats-Unis ont été détruits par ces drones iraniens lancés par l'armée russe. Une arme coûtant seulement quelques dizaines de milliers de dollars suffit pour anéantir un char à dix millions de dollars.

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    L’industrie iranienne des drones dopée par les sanctions

    L’Iran a été un précurseur dans cette industrie. C’est une conséquence directe des sanctions économiques. Comme elle n’avait plus les moyens financiers et matériels de développer son aviation, elle s’est repliée sur le drone de combat à bas coût. Le premier modèle développé par la société Shaheb a été présenté dans un salon iranien il y a dix ans de cela. 4 ans plus tard ce Shaheb 131 était employé contre l’Arabie Saoudite. Aujourd’hui on retrouve les deux versions les plus courantes de ce drone kamikaze de longue portée, le 131 et le 136, aussi bien au Yémen dans les mains des Houthis, qu’au Liban dans l’arsenal du Hezbollah qu’en Russie. Moscou a passé un accord avec Téhéran pour en produire sur son territoire.

    Le drone incontournable dans la guerre Russie-Ukraine

    Un contrat à un milliard de dollars avec l'objectif d'en produire au moins 6000 dès 2025. L’Ukraine n’est pas en reste, elle n'avait que 400 drones en stock au début de la guerre, elle prévoit d'en fabriquer un million cette année. Cela fait deux ans que ces armes bon marché pallient la faiblesse des équipements des deux camps et permettent d'économiser les précieuses ressources humaines. A peu de frais les belligérants causent d’immenses pertes économiques. Les Russes ciblent ainsi les centrales thermiques ukrainiennes et les Ukrainiens les raffineries russes.

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    L’Europe à la traîne

    L’occident doit s’adapter à cette irruption des drones développés dans le grand Sud. Les grands fournisseurs de l’armée américaine capables de produire les drones de grande qualité mais assez chers comme le Reaper rechignent à produire des armes à bas coût à la rentabilité très limitée. Les start ups ont pris le relais grâce à des financements privés. Comme la société Anduril, l’une des plus rapides sur ce type d’armes, qui va livrer des drones de défense dès cette année à l’armée américaine. L'Europe est à la peine. La technologie est disponible mais les décisions sont longues à prendre. En France par exemple c'est seulement en février que le ministère a passé sa toute première commande de mini drone suicide.

    24 April 2024, 1:44 pm
  • 3 minutes 10 seconds
    Pourquoi TikTok s’accroche au marché américain

    Aux États-Unis, le Sénat examine à partir de ce mardi 23 avril le projet de loi en faveur de l'interdiction de l'application chinoise, déjà voté par la Chambre des représentants. Si la loi passe, sa maison mère, Bytedance, ira certainement en justice pour protéger l'un de ses marchés les plus florissants.

    L’application chinoise était en 2023 la plus téléchargée sur le marché américain. Comme en 2022. Comme en 2021. Cette popularité a fait exploser son chiffre d’affaires : 16 milliards de dollars pour 2023 selon le Financial Times. C’est une estimation, car la société mère, Bytedance ne publie pas ses résultats annuels. TikTok qui a conquis le public avec ses vidéos de courte durée a aujourd’hui un milliard d’utilisateurs à travers le monde. Ce succès phénoménal en a fait l’un des acteurs clés de l’économie numérique. TikTok assure soutenir l'essor de 7 millions de PME américaines, créant au passage plus de 200 000 emplois. TikTok contribue donc indirectement à la croissance américaine et aux recettes fiscales de l’Etat.

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    L’impact économique de TikTok

    Ce sont les arguments utilisés par la filiale de Bytedance pour dissuader les élus du congrès de voter contre elle. Un plaidoyer basé sur une étude d’impact réalisée par Oxford Economics. TikTok est un catalyseur pour les activités très visuelles, comme celle de la restauration ou de la cosmétique. Un tiers des entreprises américaines interrogées pour l'étude disent dépendre entièrement de l’application pour leurs ventes. Les grandes marques sont, elles aussi, très présentes sur ce nouveau média, via les influenceurs. Même la très indépendante et très puissante Taylor Swift, la chanteuse la plus rentable au monde, a fini par revenir sur TikTok, il y a quelques jours, alors qu’elle avait claqué la porte, mécontente de la très faible rémunération des droits d'auteur. TikTok est devenu incontournable. Mais pas irremplaçable. Si l'appli venait à disparaître des smartphones américains, les concurrents, comme Instagram Shopping ou Amazon Inspire, pourraient aspirer une grande partie des utilisateurs.

    L’effet tache d’huile redoutée par la maison mère

    TikTok pourrait aussi survivre sur le sol américain, à condition qu'elle soit cédée à des repreneurs américains. Une option rejetée par la maison mère. De toute façon, le gouvernement chinois a un droit de veto sur la vente des entreprises à des groupes étrangers, et il s’y opposera. Si l'interdiction est confirmée par le vote du Sénat, TikTok devrait avoir un sursis d'une année. Ensuite, elle perdrait 14 % de ses utilisateurs, et surtout des utilisateurs de premier choix, parce que leur pouvoir d’achat est l’un des plus élevés au monde. Les dirigeants craignent aussi que cette décision américaine ne fasse tache d’huile. Les autres pays sont très vigilants sur l'aspect sécuritaire et sociétal.

    Hier, la Commission européenne a ouvert une enquête contre la dernière trouvaille du média chinois : la rémunération des adolescents en fonction des heures passées sur l’application. Cette nouvelle fonction « TikTok lite » est aujourd’hui en phase de test en France et en Espagne ; dès jeudi, elle pourrait être proscrite dans toute l’Union européenne.

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    23 April 2024, 8:39 am
  • 2 minutes 55 seconds
    Michelin veut un «salaire décent» pour l’ensemble de ses employés

    On le connaît pour ses pneus, mais ces derniers jours, le groupe Michelin a fait les gros titres pour une toute autre raison. L'entreprise française, présente dans 175 pays à travers le monde, généralise ce qu'elle appelle le « salaire décent ».

    Depuis plusieurs jours, Florent Menegaux, le patron de Michelin, court les plateaux de télévision. C’est lui qui, la semaine dernière, annonçait vouloir généraliser le « salaire décent » à l’ensemble des 132 000 salariés du groupe français, présent dans 175 pays à travers le monde.

    Ce « salaire décent » n’est pas à confondre avec le salaire minimum légal. Il s’agit en réalité d’un salaire qui « permet de vivre correctement », selon les mots du patron de Michelin. Pour le calculer, la marque se base sur les critères d'une ONG, Fair Wage Network. L'idée est la suivante : un salaire décent, c'est une somme qui permet de faire vivre une famille de quatre personnes, deux parents et deux enfants. Elle doit aussi aider à acheter des biens de consommation courants et constituer une épargne de précaution.

    9 000 euros en Chine, 40 000 aux États-Unis

    Concrètement, son montant varie selon les pays et même selon les villes. À Paris, par exemple, il avoisine les 40 000 euros par an, tandis qu'à Clermont-Ferrand, dans le centre de la France, il est de 25 000 euros. Dans les deux cas, ce salaire est bien plus élevé que le SMIC, le salaire minimum légal.  Ce « salaire décent » est de 9 000 euros en Chine, 40 000 aux États-Unis, et est calculé de la même manière même dans des pays qui ne disposent pas de rémunération minimum légale.

    Sur les 132 000 salariés du groupe Michelin dans le monde, environ 5 % devraient donc être augmentés suite à ces annonces. Reste désormais une question : combien cela va-t-il coûter à l’entreprise ? Florianne Viala, directrice de la rémunération et des avantages sociaux du groupe, assure que Michelin n’a « pas regardé combien ça allait coûter ». « Moralement, on s’est dit que c’était une obligation et que faire du profit sur de la misère sociale n’était pas envisageable », poursuit-elle. De leur côté, les dirigeants sont certains de s’y retrouver. En augmentant les salaires, ils espèrent également une hausse de la productivité.

    « C'est l'arbre qui cache la forêt »

    L’annonce de la mise en place d’un « salaire décent » a été plutôt bien accueillie par les syndicats, qui, après les paroles, attendent désormais les actes. Les organisations syndicales alertent cependant sur un point : ce « salaire décent » comprend des primes, qui ne sont pas prises en compte dans le calcul des retraites. « Il vaudrait mieux parler de rémunération », estime Romain Baciak, délégué syndical CGT. Il s’inquiète aussi de ce qui pourrait se cacher derrière ces annonces. « C’est l’arbre qui cache la forêt, ça va annoncer quelque chose très rapidement. On sait qu’il y a des sites Michelin France menacés par des restructurations, voire peut-être des fermetures », s’inquiète-t-il.

    De son côté, la direction assure que ce nouveau « salaire décent » n’a rien à voir avec « l’adaptation de l’entreprise à l’évolution industrielle et l’évolution du marché », ce sont « deux choses différentes et pas antinomiques ». Après tout, la firme au Bibendum reste une entreprise qui pense aussi à ses actionnaires.

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    22 April 2024, 8:55 am
  • 2 minutes 57 seconds
    Bitcoin: qu'est-ce que le «halving»?

    La principale cryptomonnaie, le bitcoin, se prépare à un événement qui se produit tous les quatre ans à peu près : le halving (la « division par deux », en français). Il devrait avoir lieu ce vendredi 19 ou ce samedi 20 avril. Qu'est-ce que cette règle et quelles conséquences a-t-elle ?

    Dans le monde du bitcoin, outre les acheteurs et utilisateurs de cette monnaie, il existe des personnages clés : les mineurs. Ce sont eux qui enregistrent et garantissent les transactions. Pour cela, ils doivent recourir à de nombreux calculs informatiques, ce qui consomme beaucoup d’électricité. Les sociétés de minage les plus importantes sont de grandes entreprises cotées en Bourse (comme Marathon, Riot, ou encore Hut 8, pour ne prendre que le cas des États-Unis). Ces mineurs sont récompensés en bitcoin. « Jusqu'à aujourd’hui, cette récompense était de 6,5 bitcoins par bloc [par unité « minée »]. À partir de ce vendredi ou ce samedi, elle sera divisée par deux pour passer à 3,125 bitcoins », explique Bruno Biais, professeur d’économie et de finance à l'école de commerce HEC à Paris. Le fait que cette récompense soit divisée par deux explique pourquoi on parle de halving en anglais. 

    Une règle créée pour « éviter l’inflation »

    Le bitcoin est une monnaie. Sa valeur repose donc sur la confiance, rappelle Bruno Biais. « Le risque pour une monnaie est qu’elle perde de sa valeur. Pour éviter cela, il faut s’assurer que la quantité de monnaie créée soit limitée. Le halving limite la création de nouveaux bitcoins et contribue à maintenir la valeur du bitcoin », souligne-t-il.

    Cette règle du halving a été mise en place lors des débuts du bitcoin. Elle a déjà été appliquée quatre fois et se répètera tous les quatre ans jusqu'en 2140. Ensuite, si les règles ne changent pas, plus aucun nouveau bitcoin ne sera créé. Au cours actuel, les bitcoins déjà émis représentent plus de 1 100 milliards de dollars.

    Les entreprises de minage de bitcoin seront moins payées

    Pour les personnes qui ont des bitcoins, le halving n'a aucun impact direct. En revanche, la récompense des mineurs et des entreprises dédiées à cette activité sera divisée par deux. Les entreprises de minages s’y préparent depuis longtemps, comme BigBlock, une société de minage implantée en France, en RDC, au Paraguay et bientôt en Éthiopie. « On ne peut rien faire pour contrer le halving, on sait que ça va arriver et nous ne sommes donc pas surpris. Tous les jours, bien avant le halving, nous travaillons à chercher les kilowattheures les moins chers possibles, explique Sébastien Gouspillou, son président et fondateur. Nous faisons le tour du monde pour chercher de l’électricité bon marché. Dans notre cas, nous n’achetons que des surplus d’électricité, qui ne sauraient être vendus ailleurs » et coûtent donc moins cher, affirme-t-il.

    L’industrie du bitcoin est très énergivore. Le New York Times a ainsi calculé que l’une des plus grandes usines de minage de bitcoin aux États-Unis consommait autant d’électricité que 300 000 Américains. La baisse des revenus des mineurs provoquée par le halving les pousse à chercher une énergie toujours moins chère pour que leur activité reste viable économiquement. Cela explique que le bitcoin repose beaucoup sur l’électricité de centrales à charbon, peu coûteuse, mais très polluante. Aux États-Unis, l’industrie de cette cryptomonnaie repose à 85% sur les énergies fossiles. Dans d’autres pays très importants pour le secteur, comme le Kazakhstan, le minage de bitcoin crée aussi de fortes tensions sur le réseau électrique, ce qui a poussé Astana à davantage réguler cette activité après 2022.

    Quel avenir pour les entreprises du secteur ?

    Le bitcoin a perdu plus de 10% de sa valeur depuis le début du mois. Mais la monnaie avait tellement augmenté cette année que Sébastien Gouspillou y trouve son compte. En effet, le bitcoin a presque doublé depuis trois mois, ce qui compense la division par deux du nombre de bitcoins qui seront versés aux mineurs. Les plus grosses entreprises du secteur ont tout de même miné le plus qu'elles pouvaient avant le halving. « À long terme, ce qui va déterminer les revenus des mineurs, c'est donc surtout le prix du bitcoin », avance Bruno Biais. Ces entreprises ont besoin d'une hausse des cours pour continuer d'être rentables.

    Un pari, car comme toute monnaie, le bitcoin a connu et pourra encore connaître des crises. « Ce qui déterminera la survie et le succès (ou non) du bitcoin sera l'utilité de cette monnaie » pour les utilisateurs, estime le professeur d'économie et de finance. « Le bitcoin sera utile s'il permet de continuer d'effectuer des paiements sans passer par les institutions » financières classiques, précise-t-il, notamment dans les pays touchés par l'hyperinflation ou encore les dévaluations.

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    19 April 2024, 10:10 am
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